Cécile de France, le retour aux sourcesCécile en mère adoptive protectrice. Cécile en pleurs. Cécile, tout simplement radieuse.
Elle est née à Namur et a vécu à Andenne jusqu’à ses 17 ans. Elle a joué avec les plus grands et tourné en France (après « Quand j’étais chanteur » en 2006, elle prépare un second film « Talk show » avec Xavier Giannoli) et aux Etats-Unis (notamment dirigée par Clint Eastwood). Aux côtés du jeune Thomas Doret, elle fait un retour aux sources, dans le film touchant des frères Jean-Pierre et Luc Dardenne. La comédienne y interprète le rôle de Samantha, une coiffeuse, qui croise le chemin de Cyril, un jeune garçon. Elle décide de l’aider à retrouver son père.
Cécile nous livre ses impressions mais aussi ses souvenirs d’enfance à Namur. Elle n’était pas angoissée par la présence du « Gamin au vélo », en compétition officielle au Festival de Cannes pour cette 64e édition. Pourtant, quelques heures après notre interview et, sous les applaudissements du public dans le grand théâtre des Lumières, elle a fondu en larmes...
Avez-vous été surprise par le choix des frères Dardenne ?
Bien sûr ! C’est vrai que c’était assez surprenant. Pour « Le gamin au vélo », ils avaient décidé de choisir une actrice connue. J’ai eu beaucoup de chance que ce soit moi. J’ai été très surprise et flattée qu’ils me choisissent. Je les considère comme des maîtres absolus du cinéma. C’était un privilège de tourner avec eux, un rêve qui paraissait inaccessible. Les frères travaillent souvent avec des acteurs qui débutent. Est-ce que cela n’a pas été trop difficile de vous « débarrasser » en quelque sorte de toute l’expérience que vous avez acquise jusqu’à présent ? C’était en effet un véritable exercice pour moi. D’être comme une page blanche et de me débarrasser de mes expériences. De me suffire à moi-même et me dire que, sur cette aventure, je n’allais pas fabriquer un personnage. Il fallait vraiment que je sois dans une neutralité, une simplicité. J’ai fait confiance à Luc et Jean-Pierre. C’était important pour moi aussi d’être au service de Cyril (Thomas Doret, ndlr), au service de la mise en scène. Est-ce que vous donniez des petites astuces à Thomas ? Nous étions bien sûr ensemble mais les frères (Dardenne) le dirigeait, ils étaient très proches de lui. Mon rôle n’était pas d’intervenir. Mais il y avait aussi plein de moment où, avec Thomas, nous nous sommes retrouvés à deux. Et de temps en temps il me demandait l’une ou l’autre chose. C’est vrai que pour lui, c’est terrible de se retrouver devant la caméra et devoir exprimer des émotions aussi fortes en ne l’ayant jamais fait. Alors parfois, discrètement, on chuchotait… C’était vraiment pour l’aider quand il me le demandait, certainement pas pour lui expliquer son métier. Très vite, on voit que vous l’aimez cet enfant, vous l’apprivoisez… Est-ce le fait d’être une femme ou avez-vous mis la priorité sur l’actrice pour jouer votre rôle de mère « adoptive » et protectrice ? Je ne mélange jamais ce que je suis dans la vie et mon personnage. Il y a toujours une grande distance entre les deux. Du coup, je ne sais absolument pas si, dans la même situation, j’aurais agit comme Samantha. Ce qui comptait pour moi, c’était de me laisser diriger par les frères et de ne pas essayer forcément de comprendre quelles étaient les motivations de mon personnage. De ne pas essayer de me dire « Ah tiens, elle fait telle ou telle chose parce qu’elle a peut-être perdu un enfant, vécu un drame… ». Ce n’était pas à moi de trouver ces raisons.
Vous ne cherchiez pas la dimension psychologique du personnage ?
Non puisque les frères m’ont demandé de ne pas le faire. J’agissais comme ils le souhaitaient pour ne pas passer à côté de l’expérience que je voulais vivre pleinement. C’est leur manière de diriger les acteurs et j’ai écouté. Même si c’est un choix particulier, différent des autres. Mais c’était ce qui est important et intéressant. Et avec Jérémie Renier ? C’était très court. Nous n’avons tourné ensemble que deux ou trois jours. Concentration, travail, … Nous n’avons pas beaucoup eu le temps de faire les fous… Vous avez tourné en France, en Belgique et aux Etats-Unis. L’ambiance des tournages est-elle différente ? Certaines personnes ont des à priori idiots sur les tournages aux Etats-Unis. Celui avec Clint Eastwood était très familial, convivial. Les Américains sont très positifs, enthousiastes. Ils font aussi leur métier avec passion. Il est vrai par contre que ce sont des manières de travailler différentes. Un point commun entre les frères Dardenne et Clint Eastwood ? Très peu (rires)…à part un immense talent bien sûr ! Sans poser de jugement, est-ce que la manière de travailler des frères vous convient mieux ? Il y a toujours du bon dans tout. Je ne fonctionne pas en comparant tout le temps. Je tente de ne pas réfléchir à ça, je m’adapte. En tant qu’acteur, on essaie avant tout de remplir notre mission et d’être à la hauteur des metteurs en scène. On est dans l’action, dans la spontanéité… Pensez-vous justement que l’authenticité et la simplicité soient les premières qualités des frères ? Oui, effectivement ! L’humilité aussi : avec tous les prix qu’ils ont engrangés, c’est touchant de voir les frères douter, stresser, … Ils avouent aussi avoir besoin de répéter alors qu’ils ont fait leurs preuves et qu’ils pourraient se reposer sur leurs lauriers. Mais ils ne le font pas. Ils sont courageux : ils essaient des nouvelles choses : changer de saison, choisir une actrice connue, etc. Ils se remettent en question. Il y a un vrai travail, long et profond. Vous pensez qu’ils vont faire un « triplé » (les frères ont déjà été récompensés par deux palmes d’or, ndlr) Cela vous stresse d’avantage ? Pas du tout. Je n’y pense pas vraiment. Et puis l’avantage, c’est que je ne suis pas réalisatrice. L’important pour moi, c’est d’avoir vécu cette belle expérience. Votre prochain souhait ? Je n’ai pas vraiment de souhait. La vie est tellement généreuse avec moi que je suis tentée de lui faire confiance. Et ma manière d’entretenir cette chance, c’est à chaque fois de bien remplir ma mission. Et après, je récupère le fruit de mon travail. Mais je vis dans le présent. J’ai envie d’en profiter. Que le film soit projeté à Cannes, dans cette salle, c’est déjà un vrai bonheur…
Votre personnage a un léger accent belge. Comment l’avez-vous (re)trouvé ?
En réalité, ça c’est fait tout seul, en voulant effacer mon accent parisien que j’ai depuis que j’habite la capitale française. Mais cet accent belge, il fera toujours partie de moi… Aujourd’hui, vous vous sentez plus française que belge ? Non pas du tout. Namur, c’est ma ville natale. Chaque fois que j’y retourne, je suis un peu chamboulée par les transformations et le côté populaire qui s’estompe un peu. Namur est envahie par les magasins de vêtements mais d’un autre côté c’est partout pareil. Quand j’étais petite, à la place de ces magasins, il y avait plein d’autres choses... A Namur, l’une des particularités aussi, c’est que tout le monde se connaît. Vous êtes désormais célèbre et on ne vous re-connaît donc plus pour les mêmes raisons. Est-ce que cela vous manque ? C’est vrai, Namur est comme un grand village. Maintenant j’en habite un autre… J’aime bien cette proximité, les liens qui unissent les gens. C’est la poésie du quotidien : la gentillesse, un sourire, un bonjour, c’est ce qui vous remplit une journée, une vie… Namur est une ville très importante pour moi. C’est mon enfance, là où j’ai découvert ma passion…C’est fondamental. C’est en fait à Namur que tout a débuté… Oui avec « 1000 ans dans les arbres », avec mes professeurs Jean-Michel Frère, Monique Fievet, etc. Sans oublier mon école dans laquelle j’ai pu m’épanouir artistiquement… Texte: Muriel Hiernaux |
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